Historique

 

Le sentier d’histoire qui a mené aux archives d’aujourd’hui

Les origines des Archives des jésuites au Canada remontent à quatre siècles en arrière. Déjà lors du régime français, les jésuites avaient le souci de conserver des documents importants (registres, manuscrits, cartes et plans, livres, etc.) dans leur Collège fondé à Québec en 1635. À la fin du XVIIIe siècle, il ne reste plus de jésuites au Canada à l’exception du Père Jean-Joseph Casot. Un peu avant sa mort intervenue en mars 1800, celui-ci confie une grande partie de l’héritage archivistique de la Compagnie aux Religieuses Hospitalières de Québec. Puis lors du retour des jésuites en 1842, celles-ci ont la générosité de les remettre au supérieur jésuite, le P. Félix Martin. Passionné de l’histoire, ce dernier reconnut aussitôt la valeur de ce trésor qui contenait entre autres documents le Novum Belgium du P. Isaac Jogues, la plus ancienne description de la ville de New York, et l’émouvant Mémoire de 1652 du P. Paul Rageneau, racontant la vie et la mort des Martyrs jésuites et hurons, et encore les cartes autographes du P. Jacques Marquette illustrant ses explorations dans la vallée du Mississippi.

C’est pour sauver ce précieux dépôt que le P. Martin fonda les Archives qu’il situa au Collège Sainte-Marie. Il est donc considéré comme le fondateur des Archives des jésuites au Canada d’aujourd’hui. Au don des Religieuses, il ajouta, au fil des ans, une foule de livres rares et de précieux manuscrits qu’il recueillit à partir d’achats, de cadeaux et de legs. Il réussit même en 1858 à reconstituer une collection complète des célèbres Relations des Jésuites dont il fit alors la première publication.

Le P. Arthur Jones fut sans doute l’un des plus éminents savant jésuite canadien du XIXe siècle. Prédicateur exceptionnel, historien rigoureux, pionnier de l’archéologie, il enseigna l’histoire au Collège Sainte-Marie lorsqu’en 1882 on lui demanda de s’occuper des Archives. Il s’y mit ardemment : réorganise les documents, livres et manuscrits, les compulse, les met dans des contenants protecteurs, les fait connaître par ses publications puis les place à l’abri de l’incendie dans une salle toute neuve, bien aménagée pour les accueillir convenablement. Il devient aussi l’ami et le conseiller écouté du célèbre Reuben Gold Thwaites qui publia entre 1896 et 1905 l’intégrale des Relations, avec une traduction anglaise et des notes critiques en soixante-treize volumes. Thwaites fut le premier à affirmer que son œuvre monumentale n’aurait jamais été possible sans l’aide constante et les connaissances approfondies du P. Jones.

Lors de la division de la Province du Canada en 1924, la collection installée au Collège Sainte-Marie demeura intacte. On ne transporta à Toronto que le minimum des documents de l’administration courante.

Durant la décennie qui suivit, un groupe de scolastiques inscrits au nouveau séminaire à Toronto, et qui se destinaient au ministère auprès des Ojibwés du Nouvel Ontario, montèrent une bibliothèque et un petit centre d’archives, The Mission Academy. Ils y assemblèrent dictionnaires, bibles, recueils de prières et autres manuscrits en Ojibwé ; également des sermons, d’anciens registres et une abondance d’agendas, de carnets de notes, de comptes-rendus, de diariums, de lettres, de lexiques et de mémorandums encore tout en langue amérindienne. Vers la fin des années cinquante, la Mission Academy avait constitué une collection respectable d’archives ojibwées.

En 1941, le P. Francis Nelligan, professeur de philosophie et d’histoire de l’Église au séminaire de Toronto, commença à faire une collection de documents relatifs à l’histoire des jésuites au Canada anglophone. Avant sa mort en 1960, il ramassa un impressionnant ensemble de documents qu’il rangea dans sa chambre. Il convainquit les supérieurs d’aménager un espace pour ses archives dans le nouveau Collège Regis, alors en construction dans le faubourg torontois de Willowdale. Avant sa mort, il confia ses archives à un scolastique qui lui promit de voir à l’exécution de ses volontés. Ainsi, en mars 1961, les deux collections issues du Séminaire (celle de la Mission Academy et celle du P. Nelligan) furent réunies dans ce qui constituait désormais et officiellement le premier centre d’archives des jésuites anglophones.

Entre-temps, au Collège Sainte-Marie à Montréal, le P. Paul Desjardins fut nommé Archiviste en 1941. Pendant les vingt-six ans qui suivirent, il continua l’œuvre du P. Jones. Il reprit son volumineux travail, le perfectionna et le tint à jour. Il y intégra tous les documents laissés par chaque jésuite lors de leur décès et les dossiers concernant leurs activités.

Quand les jésuites quittèrent le Collège Sainte-Marie à la fin des années soixante, les Archives s’installèrent le Noviciat à Saint-Jérôme où les attendaient des salles plus spacieuses. C’est là que les successeurs de P. Desjardins accueillirent une importante réserve de tableaux et sculptures créés ou acquis par des jésuites au cours de leur ministère.

En 1975 à Toronto, le P. Edward Dowling, qui avait travaillé pendant un quart de siècle dans l’administration de la Province, commença un mandat de seize ans aux Archives maintenant déménagées à nouveau, cette fois près du campus de l’Université de Toronto. Il y apporta les documents d’archives administratives de la maison provinciale et s’occupa surtout de les intégrer aux deux autres collections, tâche qu’accomplit son successeur, le P. Patrick Boyle. Un historien qui avait suivi un programme en archivistique, Pat Boyle fut l’auteur du système de classement ainsi que du principal instrument de recherche.

À l’aube du nouveau millénaire, les administrations jésuites du pays décidèrent de fusionner les centres d’archives du Canada-français et du Canada anglais. À l’invitation du P. Daniel LeBlond, supérieur provincial des jésuites du Canada français, les deux services d’archives déménagèrent dans des locaux rénovés à la maison Bellarmin à Montréal. Le nouveau centre fut inauguré en septembre 2009.